Lagrimace de Soral et la mĂ©moire de mon pĂšre Temps de lecture : 9 min. David Isaac Haziza — 19 juin 2015 Ă  17h15. Alain Soral a Ă©tĂ© condamnĂ© pour provocation Ă  la haine aprĂšs des propos
Petits passages et anecdotes sur le mĂ©moire de mon grand-pĂšre Francisque, Jean, Joseph RICHARD nĂ© le 12 Octobre 1908 au Mans– Ă©pisode 1 – En la nuit du 12 octobre 1908, vers les trois heures du matin, au numĂ©ro 110 du boulevard de la RĂ©publique, dans une piĂšce unique donnant sur une cour intĂ©rieure grossiĂšrement pavĂ©e Ă  la clartĂ© jaunĂątre et prĂ©caire d’une lampe Ă  pĂ©trole fumeuse et nausĂ©abonde, naissait, du ventre de Marie Mathieu nĂ©e RAGEOT, un gros bĂ©bĂ© hurlant que la sage-femme remit sans mĂ©nagement dans le tablier tendu par une voisine bĂ©nĂ©vole, Mme NICOLLE. Quand l’effervescence fut calmĂ©e, les bassins vidĂ©s dans la rigole qui coulait devant la porte, la mĂšche de la lampe mouchĂ©e, l’eau Ă©pongĂ©e sur le carreau et la mĂšre enfin apaisĂ©e sur le lit de fer retapĂ© Ă  la hĂąte, on reprit, afin d’en finir une bonne fois pour toutes, la vieille discussion sur les prĂ©noms Ă  donner Ă  l’enfant. L’appellerait-on Julien, comme le grand-pĂšre maternel mort depuis une quinzaine d’annĂ©es ou Francisque comme cet homme Ă©mu et maladroit qui ne savait guĂšre quelle attitude adopter devant ce miracle d’une naissance qui l’intronisait pĂšre de famille, ou bien Alfred comme le cousin riche et Ă©ventuellement tutĂ©laire. Finalement ce fut sous les vocables de Francisque bien prĂ©ciser Francisque, Julien MATHIEU que le lendemain, sur les registres d’état-civil de la Mairie du Mans Sarthe on inscrivit, il y a soixante-dix ans, celui qui Ă©crit ces lignes. Mais, trĂšs tĂŽt, pour me diffĂ©rencier de mon pĂšre qu’on appelait d’ailleurs communĂ©ment Franci, je devins Julien Mathieu. Cette intervention de prĂ©noms lĂ©gaux allait, plus tard, me valoir quelques mĂ©comptes dans mes rapports avec les diverses administrations auxquelles j’aurais Ă  faire au cours de ma vie de citoyen. Pour l’heure, choyĂ© plus que de convenance par une mĂšre toujours inquiĂšte et une grande mĂšre maternelle certes plus cohĂ©rente dans les diagnostics dont elle sanctionnait mes colĂšres affamĂ©es ou mes apathies repues, je poussais, jeune plante vivace, Ă  cause ou en dĂ©pit d’excĂšs de soins et d’une Ă©touffante tendresse. J’ai retrouvĂ© dans mes archives familiales un ticket de pesĂ©e indiquant qu’à cinq mois et demi, mon poids atteignait 7 kilos 200, ce qui n’était pas si mal et dĂ©notait chez le sujet, une robuste santĂ©. NĂ©anmoins la moindre montĂ©e de tempĂ©rature, la plus lĂ©gĂšre accĂ©lĂ©ration du pouls que mon pĂšre, qui avait Ă©tĂ© infirmier durant son service en AlgĂ©rie, tĂątait au jugĂ©, les yeux au plafond, crĂ©ait dans la maisonnĂ©e, une dĂ©risoire panique. On ne lĂ©sinait pas sur les symptĂŽmes ; c’était la mĂ©ningite, le croup, la pneumonie qu’on envisageait d’abord comme affection possible, sinon probable. Quand il Ă©tait lĂ , mon pĂšre courait Place de l’Eperon chez le docteur Mordret qui m’avait pris en charge puis chez l’herboriste Mainguait, de la rue Nationale que ma grand-mĂšre s’entĂȘtait Ă  appeler la rue Basse. Le mĂ©decin affirmait que je n’avais rien qu’un gros rhume ou qu’une petite indigestion et rĂ©digeait une ordonnance anodine. Le Mans – Place de l’Eperon Quinze mois aprĂšs moi, me naissait une petite sƓur qu’on prĂ©nomma Madeleine ; mais ma mĂšre avait dĂ©pensĂ© pour moi tant d’amour exclusif que ma sƓur fut toujours un peu lĂ©sĂ©e de tendresse. Elle avait un bon fond et n’en fut pas jalouse. Madeleine eut, durant les quarante annĂ©es qu’elle vĂ©cut, une existence effacĂ©e. Le monde n’était pas Ă  sa mesure. Elle n’y Ă©tait pas destinĂ©e. A vingt et un an, contre le grĂ© de notre mĂšre, elle entra au noviciat des franciscaines en la communautĂ© des ChĂątelets » prĂšs de Saint Brieuc. AprĂšs six mois, elle en revenait. Sa santĂ©, dĂ©jĂ  fragile ne lui permettait pas de suivre la rĂšgle. Par la suite, elle contracta une sorte de mal de Pott aggravĂ© d’une hypertension incurable qui la traĂźna d’hĂŽpital en hĂŽpital, de maison de repos en centre hospitalier, jusqu’à sa mort qui nous dĂ©sespĂ©ra longuement, ma mĂšre et moi. Je n’avais pas trois ans quand enfin, mes parents purent quitter le pauvre rez-de-chaussĂ©e oĂč j’étais nĂ© pour un logement plus dĂ©cent sis dans le quartier de la Gare. Les cinq que nous Ă©tions s’y sentirait moins Ă  l’étroit. Il Ă©tait d’un aspect plus convenable. Ses abords avec, en face, bordĂ©e d’un long mur de pierre, une grande propriĂ©tĂ© oĂč dĂ©passaient des arbres imposants, Ă©taient plus salubres que la courĂ©e » qui m’avait vu naĂźtre. Mon pĂšre Ă©tait Ă  vingt petites minutes du dĂ©pĂŽt des machines, son lieu de travail et ma grand-mĂšre, pas beaucoup plus loin de la vieille Ă©glise de la couture qu’elle allait frĂ©quenter avec beaucoup de fidĂ©litĂ©. Le Mans – Eglise de la Couture SituĂ©e entre deux voies Ă  forte dĂ©clivitĂ©, les rues de Bel-Air et de Wagram qui descendaient de l’avenue Thier vers le Bourg-BelĂ©, la rue de Navarin oĂč nous allions habiter durant une douzaine d’annĂ©es comptait, en sa premiĂšre partie l’autre se terminant de trois Ă  quatre cents mĂštres plus loin sur la rue de Fleurus une quinzaine de numĂ©ros tous impairs. Notre logement qui portait le chiffre 9 Ă©tait, parmi d’autres Ă  peu prĂšs semblables une de ces constructions locales quasi centenaires dĂ©nommĂ©es maisons mancelles. Au rez-de-chaussĂ©e, sur une cave Ă  vasistas oĂč l’on entreposait le charbon et oĂč bricolait notre pĂšre, Ă©tait deux piĂšces. L’une donnait sur la rue. Mes parents y couchaient dans des meubles modern-style achetĂ©s Ă  crĂ©dit chez Dufayel. Au-dessus d’un crucifix au bĂ©nitier toujours vide pendait un Ă©trange tableau dans son cadre tarabiscotĂ© reprĂ©sentant une petite fille Ă  la mode du troisiĂšme Empire. Un large accro crevait la toile Ă  l’un de ses angles. Je n’ai jamais su les origines de cette peinture dont, au surplus, nul d’entre nous ne se souciait. La deuxiĂšme piĂšce oĂč menait un corridor desservant l’entrĂ©e du logis, donnait d’autre part sur un jardin potager, on y venait par un perron Ă©gayĂ© des branches noueuses d’une odorante glycine. Dix marches de pierre usĂ©e permettaient d’accĂ©der Ă  une courette coiffĂ©e de vigne vierge, des moineaux piailleurs s’y Ă©battaient aux beaux jours ; au fond du jardin trĂŽnaient » les cabinets, Ă©dicule campagnard qui chaque annĂ©e un curage dont le relent affectait toute une partie de la journĂ©e, l’entourage ; mais cette opĂ©ration sanitaire constituait pour nous, les gosses, une Ă©tonnante distraction. Le matin, attelĂ©e de deux chevaux placides, une machine Ă  vapeur avec son lourd volant de fonte sa bielle aux mouvements presque humains, son piston au joli bruit de soie froissĂ©e et ses deux petites boules rĂ©gulatrices qui tournaient en s’écartant, se rangeait devant chez nous ; elle Ă©tait accompagnĂ©e du rĂ©servoir Ă  vidange. EnclenchĂ©es Ă  la base de l’énorme tonne, des tuyaux enclavĂ©s l’un dans l’autre, formaient un long boa qui, par le corridor, la cuisine, le jardin, allait plonger sa gueule aspirante dans la fosse. Le mĂ©canicien avait mis en marche la pompe Ă  vapeur et la puante opĂ©ration durait toute la matinĂ©e cependant que le servants, assis au bord du trottoir, mangeaient tranquillement et sans dĂ©goĂ»t leur casse-croĂ»te matinal ce qui nous Ă©tonnait bien peu.

Javais 20 ans, c'est le titre, peut-ĂȘtre provisoire, du dernier livre de Martial Limouzin. L'histoire d'un grand-pĂšre, mobilisĂ© en 1914, dĂ©corĂ© de la Grande guerre et revenu taiseux.

Il est des histoires qu’on reçoit enfant et restent gravĂ©es en nous pour la vie. Pierre Blache avait 15 ans en 1992, quand son grand-pĂšre accepta pour la premiĂšre fois de parler de son passĂ© de rĂ©sistant. Cet ami de l’ombre » s’appelait John Vella, nom de maquisard Lavel. À l’occasion de la commĂ©moration de la LibĂ©ration de Port-de-Bouc, la croix Volontaire de la RĂ©sistance lui a Ă©tĂ© dĂ©cernĂ©e ce vendredi Ă  titre posthume par la Ville. Une dĂ©coration remise Ă  son petit-fils, bouclant la boucle d’un colossal travail de mĂ©moire. Pour Pierre Blache, tout dĂ©bute au collĂšge FrĂ©dĂ©ric-Mistral. ÉlĂšve en troisiĂšme, son professeur d’Histoire le fait participer au concours national sur la RĂ©sistance et la dĂ©portation. On a interviewĂ© d’anciens rĂ©sistants connus de la ville et j’ai appris que mon grand-pĂšre en faisait partie. C’était un homme humble et taiseux, il n’a pas dit grand-chose, quelques mots seulement sur des distributions de tracts, une opĂ©ration de sabotage... » Une courte lettre Ă  son petit-fils et l’échange s’est arrĂȘtĂ© lĂ . Le docker maltais Jusqu’en 2017, annĂ©e du 70e anniversaire de la LibĂ©ration de Port-de-Bouc oĂč Pierre Blache veut en savoir plus sur le passĂ© de son aĂŻeul. J’ai Ă©tĂ© aux archives dĂ©partementales et nationales, j’ai contactĂ© le ministĂšre de l’IntĂ©rieur et la SĂ»retĂ© gĂ©nĂ©rale... Pour dĂ©couvrir qu’il avait Ă©tĂ© chef de rĂ©seau sur Port-de-Bouc. Entre le 18 juin 1940 et le 1er mars 1943, il fut l’un des responsables du Parti communiste dans la clandestinitĂ©. » NĂ© Ă  Malte en 1908 dans l’üle de Gozo, John Villa a 17 ans quand il arrive Ă  Port-de-Bouc en 1925, pour rejoindre son pĂšre et devenir, comme lui, docker. Dans les annĂ©es 30, il crĂ©e dĂ©jĂ  le syndicat des dockers CGTU alors qu’il Ă©tait Ă©tranger. » Statut qui lui vaudra d’ĂȘtre expulsĂ© de France par le prĂ©fet des Bouches-du-RhĂŽne aprĂšs plusieurs mouvements de grĂšve sur le port. Le futur rĂ©sistant s’exile alors en Angleterre - dont Malte dĂ©pend - pour travailler sur un vapeur qui le conduit aux États-Unis, au Chili... MariĂ© et pĂšre de 5 enfants, il rentre Ă  Port-de-Bouc en 1937, toujours menacĂ© par un arrĂȘtĂ© de sursis renouvelable ». En 1940, la guerre Ă©clate. Malte Ă©tait alors sĂ©vĂšrement bombardĂ©e par les puissances de l’Axe. Avec les appels Ă  la rĂ©sistance, c’est sĂ»rement ce qui l’a motivĂ© Ă  s’engager », analyse Pierre Blache, je me suis mis Ă  sa place. Il n’y avait pas la tĂ©lĂ©, la radio Ă©tait sous contrĂŽle. Restaient les journaux oĂč on parlait tous les jours du pilonnage de l’üle », poursuit Pierre Blache. Militant communiste dĂšs 1932, John Vella devient responsable du PCF clandestin aprĂšs l’arrestation de son ancien leader ClĂ©ment Mille. Outre les tracts et les opĂ©rations de recrutement, le plus important fait d’arme de Lavel » sous la RĂ©sistance restera sa tentative en juin 1942 de dynamiter le portique de Caronte oĂč arrivaient les cargaisons allemandes. Le sabotage Ă©choue et l’homme manque d’y laisser la vie. Mon grand-pĂšre a Ă©tĂ© placĂ© sous surveillance avec plusieurs de mes oncles. À Marseille, la police de Vichy les a arrĂȘtĂ©s et envoyĂ©s dans le camp d’internement de CompiĂšgne-Royallieu, alors plaque tournante de la dĂ©portation nazie en France. » Le Maltais sera ensuite transfĂ©rĂ© dans un camp de Saint-Denis, il y restera jusqu’en 1944, annĂ©e de sa libĂ©ration. John Vella est mort en 2004, sans jamais avoir obtenu la nationalitĂ© française. Dans son dossier, le prĂ©fet avait marquĂ© communiste et doute sur le loyalisme envers l’État ». Ce vendredi, l’ambassadeur de Malte assistait Ă  sa remise de dĂ©coration posthume. Un juste retour des choses pour son petit-fils qui espĂšre que son travail rĂ©sonnera chez d’autres familles de rĂ©sistants.
Lettreà mon Grand PÚre, Lorsque notre Ami Dominique Benoit a lu cette lettre écrite en mémoire de son Grand PÚre, le 11 novembre 2018, nous ne pouvions imaginer revivre de telles scÚnes à nos portes ! « Oui nous les remercions ces valeureux poilus de nous avoir légué ces valeurs fraternelles qui doivent continuer à exister afin que
AndrĂ©, mon grand-pĂšre, le pĂšre de ma mĂšre. Un jour pas si lointain, ma mĂšre s’est penchĂ©e pour la premiĂšre fois de sa vie par Ă©crit sur ses souvenirs d’enfance avec son pĂšre. Cela a donnĂ© un long texte touchant et dĂ©taillĂ© sur leur vie ouvriĂšre dans le Rueil-Malmaison des annĂ©es 50/60. C’était important pour elle de se souvenir car AndrĂ© est dĂ©cĂ©dĂ© Ă  l’ñge de 33 ans. Elle en avait 11. Elle m’a confiĂ© ce texte avec une boĂźte de photos d’archives, et je me suis lancĂ©e dans la mise en page d’un petit recueil de 20 pages avec l’aide de ma prĂ©cieuse amie Marion Kueny et sous l’Ɠil attentif et discret de mon frĂšre. J’y ai ajoutĂ© quelques illustrations et un petit texte moi aussi. Aujourd’hui le souvenir d’AndrĂ© Ă  travers les yeux de sa fille repose aussi sur ce joli papier mat et grĂące Ă  elle, nous pouvons lui redonner vie quand nous en avons envie. Il paraĂźt d’ailleurs que j’ai son regard et cela me rend heureuse et fiĂšre. À la mĂ©moire d’AndrĂ© Brisset, mon grand-pĂšre. eH9U.